Entretien du troisième type à la première personne
Avant hier, j'étais convié à un entretien.
La boîte avait l'air intéressante, ses produits étaient loin d'être cons, avec leur belles qualités écologiques. Dans ma tête avait germé l'idée d'un patron humaniste qui oeuvre pour le bien de la planète, et la prospérité, youpla boum, de ses salariés.
Errore humanum est.
Le fondateur de l'entreprise, faisant office de RH, est arrivé avec un peu de retard.
Après quelques intimidations techniques du style "Qu'est-ce que c'est un laser ?" "quoi, vous savez pas comment ça marche un laser ?", plutôt facile face à un ingénieur, ce monsieur m'a gentiment demandé si j'avais fait mon service.
J'ai répondu à la vollée :
"J'ai fait la journée d'appel. Mon service militaire a duré deux jours."
Il n'a pas répondu à mon sourire, et a affirmé avec toute l'autorité qu'impose son grand âge que celà m'aurait fait du bien, et m'aurait appris des choses.
Repris dans un bombardement d'intimidations et de questions du style "Qu'est-ce que c'est un truc ? Comment marche un machin ?", je n'ai guère eu le temps de me demander ce que le service m'aurait apporté. Peut être qu'il m'aurait apporté ce que je vivais à ce moment là justement : une situation durant laquelle on n'a pas le temps de penser.
Peut être. Mais pas seulement.
Pour me citer un exemple de projet mené de manière efficace, monsieur le RH me parla de la bataille d'Alger.
Il me dit qu'il y avait des terroristes qui gênéraient du désordre, et l'armée qui avait pour mission de rétablir l'ordre. Cette tâche devait être gérée de manière efficace, et pour celà, rien de tel qu'un vulgaire sac plastique.
Placez le sur la tête d'un terroriste, il devient tout rouge, même si à la base il est basané. Retirez le assez tôt pour le maintenir en vie, et répétez l'opération dans la joie, la bonne humeur, et l'amour de la patrie.
Au bout d'une journée, votre terroriste s'est pissé dessus. Au bout de trois jours, c'est de l'autre côté que c'est sorti. Et en un temps incertain, vous obtenez les informations que vous vouliez ! Bon, à condition que ce type les ai a jamais détenu. Au pire, vous l'avez un peu chamaillé pour rien.
C'est à regret que je vous annonce que ma candidature n'a pas été retenue pour cet entretien. Quel dommage, il y avait tellement de choses à apprendre d'un tel homme. Le cotoyer au quotidien aurait été un honneur mon général, et une véritable leçon de sagesse et d'humanité.
Au delà de cette profondeur humaine insondable, cet homme s'est avéré être un véritable passionné des produits. Il possède une grande expérience dans ce domaine, et de nombreuses réalisations à son actif;
Pour parfaire mon éducation à refaire, il m'expliqua pourquoi la kalachinkof est une arme formidable.
Tout d'abord, c'est une arme qui ne s'enraie pas, et que l'on peut utiliser à un bras. Monsieur Kalachnikof l'a justement développée parce qu'il avait perdu son bras à la guerre. Comme à la guerre.
Jusque là, j'acquièce.
Un jeu MB.
Mais la kalachnikov est avant tout une arme anti-révolutionnaires car ses balles peuvent ricocher sur le sol, se déformer, ramasser la poussière et les souillures. Face à une foule en colère, par exemple parce qu'elle n'a pas de quoi se nourrir, ou parce qu'une armée étrangère contrôle son pays, il suffit de faire quelques rafales en visant le sol. Les balles rebondissent, c'est joli ces ricochets, ça donne un côté Amélie Poulain, et vont faire des blessures bien dégueulasses dans les jambes de ces salopards de révolutionnaires qui n'ont pas compris ce que c'était l'ordre, parce qu'ils n'ont pas fait leur service militaire.
Alors ça s'infecte, ça purule, et les manifestants ne pululent plus. Ils restent chez eux, la faim au ventre, la mort dans l'âme, pour l'honneur de la patrie.
Une nouvelle fois je regrette ma timidité. J'aurais du emmener de l'eau au Jean Moulin de cet honnête homme, et le faire réagir sur des produits merveilleusements efficaces tels que la bombe atomique et des procédés d'une efficacité inégalée comme l'extermination des juifs.
L'oeil brillant, peut être aurait-il vu en moi la relève, l'avenir de la patrie. L'exception parmi tous ces jeunes qui ne pensent qu'à mieux vivre, et génèrent, en ne marchant pas au pas, des tonnes de désordre.
Ah je l'imagine me confier avec un sourire ému que son invention la plus couillue a été la gégène. Il m'aurait raconté qu'il en avait eu l'idée grâce au choc qu'il avait reçu, jeune, en urinant sur une cloture électrique. Quel gros couillon. Il m'aurait parlé de l'odeur de poil brulé que son invention gégéniale gégénère, de son incroyable efficacité, et de toutes les informations capitales obtenues grâce à lui. Grâce à son âme de créatif.
Retirant ses lunettes pour essuyer une larme sur son oeil de verre, il m'aurait promis un avenir radieux, dans l'extrême droite lignée de son passé.
Malheureusement, je n'ai pas été retenu, et je ne garderais de cet homme que le souvenir de l'heure que nous avons passé dans la même salle, et qui a à jamais modifié ma vision de la vie, de l'ordre et de la discipline.
D'ailleurs j'ai pris ma décision : demain je m'engage.
Dans un mouvement révolutionnaire.
La boîte avait l'air intéressante, ses produits étaient loin d'être cons, avec leur belles qualités écologiques. Dans ma tête avait germé l'idée d'un patron humaniste qui oeuvre pour le bien de la planète, et la prospérité, youpla boum, de ses salariés.
Errore humanum est.
Le fondateur de l'entreprise, faisant office de RH, est arrivé avec un peu de retard.
Après quelques intimidations techniques du style "Qu'est-ce que c'est un laser ?" "quoi, vous savez pas comment ça marche un laser ?", plutôt facile face à un ingénieur, ce monsieur m'a gentiment demandé si j'avais fait mon service.
J'ai répondu à la vollée :
"J'ai fait la journée d'appel. Mon service militaire a duré deux jours."
Il n'a pas répondu à mon sourire, et a affirmé avec toute l'autorité qu'impose son grand âge que celà m'aurait fait du bien, et m'aurait appris des choses.
Repris dans un bombardement d'intimidations et de questions du style "Qu'est-ce que c'est un truc ? Comment marche un machin ?", je n'ai guère eu le temps de me demander ce que le service m'aurait apporté. Peut être qu'il m'aurait apporté ce que je vivais à ce moment là justement : une situation durant laquelle on n'a pas le temps de penser.
Peut être. Mais pas seulement.
Pour me citer un exemple de projet mené de manière efficace, monsieur le RH me parla de la bataille d'Alger.
Il me dit qu'il y avait des terroristes qui gênéraient du désordre, et l'armée qui avait pour mission de rétablir l'ordre. Cette tâche devait être gérée de manière efficace, et pour celà, rien de tel qu'un vulgaire sac plastique.
Placez le sur la tête d'un terroriste, il devient tout rouge, même si à la base il est basané. Retirez le assez tôt pour le maintenir en vie, et répétez l'opération dans la joie, la bonne humeur, et l'amour de la patrie.
Au bout d'une journée, votre terroriste s'est pissé dessus. Au bout de trois jours, c'est de l'autre côté que c'est sorti. Et en un temps incertain, vous obtenez les informations que vous vouliez ! Bon, à condition que ce type les ai a jamais détenu. Au pire, vous l'avez un peu chamaillé pour rien.
C'est à regret que je vous annonce que ma candidature n'a pas été retenue pour cet entretien. Quel dommage, il y avait tellement de choses à apprendre d'un tel homme. Le cotoyer au quotidien aurait été un honneur mon général, et une véritable leçon de sagesse et d'humanité.
Au delà de cette profondeur humaine insondable, cet homme s'est avéré être un véritable passionné des produits. Il possède une grande expérience dans ce domaine, et de nombreuses réalisations à son actif;
Pour parfaire mon éducation à refaire, il m'expliqua pourquoi la kalachinkof est une arme formidable.
Tout d'abord, c'est une arme qui ne s'enraie pas, et que l'on peut utiliser à un bras. Monsieur Kalachnikof l'a justement développée parce qu'il avait perdu son bras à la guerre. Comme à la guerre.
Jusque là, j'acquièce.
Un jeu MB.
Mais la kalachnikov est avant tout une arme anti-révolutionnaires car ses balles peuvent ricocher sur le sol, se déformer, ramasser la poussière et les souillures. Face à une foule en colère, par exemple parce qu'elle n'a pas de quoi se nourrir, ou parce qu'une armée étrangère contrôle son pays, il suffit de faire quelques rafales en visant le sol. Les balles rebondissent, c'est joli ces ricochets, ça donne un côté Amélie Poulain, et vont faire des blessures bien dégueulasses dans les jambes de ces salopards de révolutionnaires qui n'ont pas compris ce que c'était l'ordre, parce qu'ils n'ont pas fait leur service militaire.
Alors ça s'infecte, ça purule, et les manifestants ne pululent plus. Ils restent chez eux, la faim au ventre, la mort dans l'âme, pour l'honneur de la patrie.
Une nouvelle fois je regrette ma timidité. J'aurais du emmener de l'eau au Jean Moulin de cet honnête homme, et le faire réagir sur des produits merveilleusements efficaces tels que la bombe atomique et des procédés d'une efficacité inégalée comme l'extermination des juifs.
L'oeil brillant, peut être aurait-il vu en moi la relève, l'avenir de la patrie. L'exception parmi tous ces jeunes qui ne pensent qu'à mieux vivre, et génèrent, en ne marchant pas au pas, des tonnes de désordre.
Ah je l'imagine me confier avec un sourire ému que son invention la plus couillue a été la gégène. Il m'aurait raconté qu'il en avait eu l'idée grâce au choc qu'il avait reçu, jeune, en urinant sur une cloture électrique. Quel gros couillon. Il m'aurait parlé de l'odeur de poil brulé que son invention gégéniale gégénère, de son incroyable efficacité, et de toutes les informations capitales obtenues grâce à lui. Grâce à son âme de créatif.
Retirant ses lunettes pour essuyer une larme sur son oeil de verre, il m'aurait promis un avenir radieux, dans l'extrême droite lignée de son passé.
Malheureusement, je n'ai pas été retenu, et je ne garderais de cet homme que le souvenir de l'heure que nous avons passé dans la même salle, et qui a à jamais modifié ma vision de la vie, de l'ordre et de la discipline.
D'ailleurs j'ai pris ma décision : demain je m'engage.
Dans un mouvement révolutionnaire.
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