Enquête routière
Je commence à avoir la côte : après Adecco, c'est Manpower qui m'a appellé. Bientôt, je pourrais faire jouer la concurrence. Ils vont s'arracher mes services, c'est sur. Les prix vont monter.
Au téléphone, Womanpower m'a dit qu'il s'agissait d'une enquête routière, et qu'on aurait une réunion d'information la veille. Une réunion rémunérée. Dieu existe mes frères. Il ne parle pas encore, mais il m'a entendu, et il m'a exaucé. Et si Dieu était muet, et un peu sourd d'oreille ?
Pour répondre à une question audacieuse de ma part - "ça consiste en quoi ?" - Womanpower m'a dit que j'allais orienter les véhicules vers les enquêteurs.
Perturber les automobilistes dans leur train train quotidien pour leur faire perdre une poignée de minutes précieuses. Je me suis dit que j'allais être bien reçu.
Je suis arrivé à la réunion avec les 5 minutes de retard qu'imposent mon statut d'intérimaire courru. Arriver à l'heure montre que vous n'avez rien d'autre à fouttre de votre journée, c'est bien connu. Pour ceux qui ne le savent pas, lire 99 francs.
Dans une salle comble, les futurs enquêteurs routiers étaient tous rassemblés, attendant gentiment que j'arrive pour commencer la réunion. C'est ça la classe.
Malheureusement, un type est arrivé encore plus à la bourre que moi, et j'ai donc du attendre sagement avec tous les autres. Damn it ! Le prochain coup je viens 1/4 d'heure à la bourre avec un T-shirt Adecco. Ils vont comprendre qui je suis.
La réunion a été menée par la version humaine du Chihuahua enragé. Un type très compétent qui sait s'imposer. Et qui ne sait sans doute faire que ça. Il nous a expliqué que les élus locaux étudient une déviation autour d'une petite ville. Tout ça à cause d'une route soit disant dangereuse où il y a eu 7 accidents le week end dernier... Enfin, tant que ça me fait bosser.
Le Chihuahua nous a donc expliqué la marche à suivre, la localisation des différents postes, les questions à poser aux automobilistes, etc.
- L'eau sera fournie, mais prennez quand même vos bouteilles au cas où, a-t-il aboyé. Pour les toilettes, normalement c'est bon. Il devrait y avoir quelque chose sur place.
Ouh que je ne l'aime pas ce "normalement" là. Il aurait dit "pour les toilettes, c'est bon. Il y aura quelque chose sur place", ce serait passé. Mon sixième sens a détecté que nous allions nous retrouver dans le besoin.
La réunion s'est terminée pour la plupart d'entre nous. Les recenseurs ont du rester un peu plus loin pour bien intégrer les spécificités relatives à leur postes. J'en étais.
Rôle du recenseur : recenser ! Le nom est fichtrement bien choisi. Au final, c'est un peu comme faire un inventaire de voitures. Moi qui angoissait de devoir traiter avec l'automobiliste pressé, j'allais juste devoir faire un trait sur une feuille à chaque passage.
Un inventaire en plein air, quand la météo annonce du beau temps. Il y a pire comme boulot. Et même s'il n'y avait pas pire, je n'ai pas vraiment le choix.
J'ai eu du mal à trouver le sommeil. Il s'est révélé agité.
J'ai rêvé du travail d'enquête. Dans mon rêve il était pénible, alliénant.
Le travail, en général cette fois-ci, me forçait à rentrer dans une petite case bien délimitée, pareille à d'autres cases semblables tout aussi bien délimitées. J'identifiais ça comme la contrainte du groupe : devoir se conformer à un modèle, à des règles strictes, et faire la même chose que les autres. L'avantage du groupe, je m'en rendais compte, c'était qu'il n'y a qu'à suivre ! Pas besoin de réfléchir à son itinéraire, de se frayer un chemin dans la brousse en repérant de quel côté est la mousse sur les arbres. Le groupe c'est le confort.
J'aurais préféré que mon inconscient ne digère pas "le meilleur des mondes" du sieur Huxley cette nuit là. A moins que ce soit mon estomac qui ne digère pas la charcuterie avalée avant d'aller me coucher... A demi éveillé, j'ai passé une partie de la nuit persuadé que le réveil allait bientôt sonner, et j'ai lutté pour ne pas me rendormir. Je me suis finalement rendu compte qu'il me restait trois heures de sommeil.
Quand le réveil a sonné, j'aurais voulu qu'il me reste trois heures de sommeil. J'ai lutté pour me réveiller.
Le récit de mon petit déjeuner n'apportera à ce récit aucun détail croustillant.
Si ce n'est pour la brioche passée au grile pain.
Je suis sorti de chez moi vers 6h25. C'était un de ces premiers jours du printemps où la gelée du matin vous promet une journée superbe. Les bourgeons et les oiseaux sortent leur têtes. Les seconds chantent, les premiers bourgeonnent. Chacun son truc. Les premières lueurs offrent des couleurs exquises, comme pour chasser au loin le souvenir d'une nuit consacrée au travail et pourtant non rémunérée.
Au téléphone, Womanpower m'a dit qu'il s'agissait d'une enquête routière, et qu'on aurait une réunion d'information la veille. Une réunion rémunérée. Dieu existe mes frères. Il ne parle pas encore, mais il m'a entendu, et il m'a exaucé. Et si Dieu était muet, et un peu sourd d'oreille ?
Pour répondre à une question audacieuse de ma part - "ça consiste en quoi ?" - Womanpower m'a dit que j'allais orienter les véhicules vers les enquêteurs.
Perturber les automobilistes dans leur train train quotidien pour leur faire perdre une poignée de minutes précieuses. Je me suis dit que j'allais être bien reçu.
Je suis arrivé à la réunion avec les 5 minutes de retard qu'imposent mon statut d'intérimaire courru. Arriver à l'heure montre que vous n'avez rien d'autre à fouttre de votre journée, c'est bien connu. Pour ceux qui ne le savent pas, lire 99 francs.
Dans une salle comble, les futurs enquêteurs routiers étaient tous rassemblés, attendant gentiment que j'arrive pour commencer la réunion. C'est ça la classe.
Malheureusement, un type est arrivé encore plus à la bourre que moi, et j'ai donc du attendre sagement avec tous les autres. Damn it ! Le prochain coup je viens 1/4 d'heure à la bourre avec un T-shirt Adecco. Ils vont comprendre qui je suis.
La réunion a été menée par la version humaine du Chihuahua enragé. Un type très compétent qui sait s'imposer. Et qui ne sait sans doute faire que ça. Il nous a expliqué que les élus locaux étudient une déviation autour d'une petite ville. Tout ça à cause d'une route soit disant dangereuse où il y a eu 7 accidents le week end dernier... Enfin, tant que ça me fait bosser.
Le Chihuahua nous a donc expliqué la marche à suivre, la localisation des différents postes, les questions à poser aux automobilistes, etc.
- L'eau sera fournie, mais prennez quand même vos bouteilles au cas où, a-t-il aboyé. Pour les toilettes, normalement c'est bon. Il devrait y avoir quelque chose sur place.
Ouh que je ne l'aime pas ce "normalement" là. Il aurait dit "pour les toilettes, c'est bon. Il y aura quelque chose sur place", ce serait passé. Mon sixième sens a détecté que nous allions nous retrouver dans le besoin.
La réunion s'est terminée pour la plupart d'entre nous. Les recenseurs ont du rester un peu plus loin pour bien intégrer les spécificités relatives à leur postes. J'en étais.
Rôle du recenseur : recenser ! Le nom est fichtrement bien choisi. Au final, c'est un peu comme faire un inventaire de voitures. Moi qui angoissait de devoir traiter avec l'automobiliste pressé, j'allais juste devoir faire un trait sur une feuille à chaque passage.
Un inventaire en plein air, quand la météo annonce du beau temps. Il y a pire comme boulot. Et même s'il n'y avait pas pire, je n'ai pas vraiment le choix.
J'ai eu du mal à trouver le sommeil. Il s'est révélé agité.
J'ai rêvé du travail d'enquête. Dans mon rêve il était pénible, alliénant.
Le travail, en général cette fois-ci, me forçait à rentrer dans une petite case bien délimitée, pareille à d'autres cases semblables tout aussi bien délimitées. J'identifiais ça comme la contrainte du groupe : devoir se conformer à un modèle, à des règles strictes, et faire la même chose que les autres. L'avantage du groupe, je m'en rendais compte, c'était qu'il n'y a qu'à suivre ! Pas besoin de réfléchir à son itinéraire, de se frayer un chemin dans la brousse en repérant de quel côté est la mousse sur les arbres. Le groupe c'est le confort.
J'aurais préféré que mon inconscient ne digère pas "le meilleur des mondes" du sieur Huxley cette nuit là. A moins que ce soit mon estomac qui ne digère pas la charcuterie avalée avant d'aller me coucher... A demi éveillé, j'ai passé une partie de la nuit persuadé que le réveil allait bientôt sonner, et j'ai lutté pour ne pas me rendormir. Je me suis finalement rendu compte qu'il me restait trois heures de sommeil.
Quand le réveil a sonné, j'aurais voulu qu'il me reste trois heures de sommeil. J'ai lutté pour me réveiller.
Le récit de mon petit déjeuner n'apportera à ce récit aucun détail croustillant.
Si ce n'est pour la brioche passée au grile pain.
Je suis sorti de chez moi vers 6h25. C'était un de ces premiers jours du printemps où la gelée du matin vous promet une journée superbe. Les bourgeons et les oiseaux sortent leur têtes. Les seconds chantent, les premiers bourgeonnent. Chacun son truc. Les premières lueurs offrent des couleurs exquises, comme pour chasser au loin le souvenir d'une nuit consacrée au travail et pourtant non rémunérée.
Publicité